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Interview


Interview du Dr Patricia Enel,

Médecin spécialiste en santé publique, Présidente du COREVIH PACA OUEST (Coordination VIH).

Où en est l’épidémie d’infection à VIH en France et plus particulièrement dans la région PACA ?

En France depuis 2007, environ 6500 personnes découvrent chaque année leur séropositivité au VIH. La région PACA, avec l’Île-de-France et Rhône-Alpes, fait partie des trois régions en France Métropolitaine où l’épidémie est la plus active, avec plus de 300 découvertes par an. Quelques chiffres marquants parmi les personnes découvrant leur séropositivité au VIH : il y a 13% de jeunes de moins de 25 ans, 43% de contamination par relations homosexuelles et environ 40% d’infection à VIH à un stade déjà avancé.  On constate donc une poursuite de l’épidémie, même si c’est à un niveau plus faible qu’auparavant, un déficit de prévention et un déficit en dépistage. Ainsi 30 000 personnes en France ignoreraient leur séropositivité.

Pourquoi le nombre de nouvelles contaminations ne baisse t il pas ?

Il y a plusieurs facteurs pouvant expliquer la persistance de nouvelles contaminations. Dans les enquêtes menées auprès de jeunes, on constate encore une ignorance concernant les modes de contamination. Le sida s’est « banalisé », on en parle moins et il fait moins peur, certains même pensent qu’on le guérit. L’usage permanent du préservatif est difficile à tenir sur le long terme, sans compter que de nombreuses personnes, des jeunes et des personnes qui s’exposent à des risques ne l’utilisent pas. Et le fait que des personnes ne soient pas dépistées pour leur infection à VIH, ne se protègent pas et ne soient pas suivies et/ou traitées, contribue à la diffusion de l’épidémie.

Constatez-vous une évolution dans les pratiques sexuelles à risque, et dans quelles populations ?

Les pratiques sexuelles à risque n’ont pas disparu, il y a une lassitude générale vis-à-vis du préservatif, certaines pratiques ont évolué comme celles liées au SLAM (usage de drogues spécifiques avec relations sexuelles à risque). Le discours de prévention s’est plutôt raréfié et il est probable que le message adressé aux plus jeunes et aux HSH n’est pas complètement adapté. A cela s’ajoute qu’on parle peu de relations sexuelles avec son médecin et son entourage familial, cela reste un sujet tabou.

Qu’en est-il des autres infections sexuellement transmissibles ?

Elles existent toujours mais là encore on en parle peu voire pas, elles ne sont pas toujours visibles, il est donc important de se faire dépister. Les IST sont en progression chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, notamment la syphilis et les gonococcies.
Une nouvelle modalité de prévention sexuelle, en dehors du préservatif qui reste la référence, s’adresse essentiellement aux HSH très exposés et a montré son efficacité : il s’agit de prendre un traitement antirétroviral en pré-exposition. Mais cette prévention est centré VIH et elle ne met malheureusement pas à l’abri des autres IST.

Que peut-on faire face à ces faits ?

L’une des pistes actuelles est de développer l’offre de dépistage, à la fois avec des nouveaux outils et à la fois avec de nouvelles démarches.
En termes d’outils, on dispose maintenant des TROD VIH ou Test rapide d’orientation diagnostique. Ils se réalisent avec une piqure au bout du doigt et donnent un résultat en quelques minutes. Ils viennent compléter le dépistage classique par prise de sang dans un laboratoire ou un centre de dépistage. D’ici peu, ces TROD VIH seront complétés par des TROD VHC pour le dépistage de l’hépatite C, et ensuite des TROD pour l’hépatite B et la syphilis. Dès l’été 2015, il y aura également les autotests VIH, disponibles en pharmacie.
En termes de démarches, on essaie de diversifier l’offre de dépistage en répondant au mieux aux personnes qui ne se sont jamais faites dépister ou qui n’y vont pas régulièrement : aller davantage au devant des personnes, par exemple celles les plus éloignées du soin, celles qui n’osent pas, celles pour qui le dispositif actuel n’est pas facilitateur, celles qui s’exposent régulièrement. Ainsi les TROD peuvent être proposés et réalisés par des associations de lutte contre le VIH et des associations communautaires, ils sont gratuits et anonymes. Les autotests permettront de réaliser un test chez soi, sans se déplacer et sans prendre de rendez-vous.
Il faut savoir que ces nouveaux outils s’entourent d’une démarche d’accompagnement de la personne dépistée, avec des propositions de prévention quand le résultat est négatif et d’orientation vers le soin quand le résultat est positif.
Se faire dépister est l’étape indispensable pour accéder à une prise en charge de son infection à VIH. Les nouveaux antirétroviraux permettent de mieux contrôler le virus, avec moins de contraintes de prises de comprimés et moins d’effets indésirables qu’auparavant. Pour les personnes et les femmes enceintes séropositives au VIH bien traitées et stabilisées, avec une charge virale devenue indétectable, ils permettent également de ne plus transmettre le virus. Les traitements deviennent donc un outil de prévention.

Merci pour vos réponses

 
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